Suivez le fil

Des sous et du temps

Brin par brin, la Filière laine belge file sa pelote depuis 2010. Elle séduit, suscite de l’intérêt tous azimuts et convainc davantage d’acteurs. Très (trop ?) vite lancée dans l’action, elle se retrouve aujourd’hui engagée sur d’innombrables fronts. Avec deux facteurs pas aisément compatibles : le temps et l’argent. Un écheveau difficile à dénouer … en espérant que le fil ne rompe pas.

C’est au sein de NGE, association de développement territorial en Province de Luxembourg (Belgique francophone) que naît la réflexion : "Bon sang, mais où part notre laine, qu’en fait-on et pourquoi ça a l’air compliqué ?" La structure de l’association permet de prendre le temps de réfléchir, de nouer des contacts... et c’est la rencontre avec l’ATELIER laines d’Europe. Ouf, on est au bon endroit ! Pour soutenir des projets de développement local, développement durable et d’Economie sociale, l’association a un financement relativement fixe avec la Province de Luxembourg, sous forme de "Contrat de gestion" qui fixe une enveloppe et des missions, ainsi qu’une intervention de la Région wallonne pour les emplois. Cette relative stabilité permet, dans une certaine mesure, de réfléchir, d’innover sur son territoire.

Un peu de sous et plus de temps
Après la période des premières recherches et premiers contacts, vient la volonté de réunir les acteurs. Un petit subside est obtenu pour organiser une matinée de travail sur le thème "Valoriser ICI la laine de nos moutons, est-ce possible, pourquoi, comment, avec qui ?" Soixante personnes présentes, une matinée "porteuse" à laquelle assistent plusieurs représentants politiques (qui se rendent compte de l’enjeu et du soutien naissant d’associations, particuliers, entreprises, artisans et éleveurs). On est fin 2010, le conseil d’administration de NGE permet de libérer un peu de temps pour investiguer la Filière laine, sur fonds propres. Et un budget est obtenu auprès de la Province (15 000€) pour les actions et frais spécifiques de 2011 (visites d’entreprises, déplacements, graphiste web pour un futur site, etc.).

A partir de mars 2012, la responsable du projet, travaille à temps plein sur la Filière laine, toujours sur fonds propres de l’association. Un nouveau budget "actions" de 15 000€ a été obtenu pour l’année. Il sert toujours aux visites et déplacements, mais aussi à l’achat d’un stand pour les manifestations, de publication, de matériel didactique, etc.
Depuis le début, c’est le "comité de pilotage" de la Filière laine seul qui prend les décisions concernant les objectifs et actions. Il est composé d’artisanes, d’un éleveur professionnel, d’un négociant en laines, de la fédération des éleveurs, d’un musée de la laine, de NGE, et de l’ATELIER Laines d’Europe. Une justification des dépenses est bien entendu demandée, accompagnée d’un simple rapport sur les actions menées.

Dès le milieu de l’année, d’autres pistes de financement sont recherchées, parce que l’association ne pourra pas soutenir la Filière ad vitam, d’autant qu’elle est largement sortie du territoire provincial. Après quelques recherches, c’est vers le ministre wallon du Développement durable qu’elle se tourne. Il soutient en effet des initiatives de "Circuit court" et la Filière laine est la première proposition non alimentaire qui lui est faite.
Les négociations prennent du temps, parce que le ministre veut réfléchir dans le détail à ses objectifs et à sa politique en matière de circuits courts. Entretemps, le conseil d’administration de NGE s’impatiente et veut que la Filière laine s’autonomise au plus vite.

Plus de sous, mais aura-t-on le temps ?
Ce n’est qu’en mai 2013 (oralement) et mi-juin (officiellement) que la Filière laine reçoit l’accord du ministre du Développement durable pour le financement d’1,5 emploi pour l’année. La reconnaissance du travail déjà accompli est réelle, mais les choses se compliquent néanmoins :

  • La notification du ministre indique que "le financement (...) doit permettre de structurer un plan d’action détaillé, de définir une stratégie fine et de valider une méthode d’accompagnement économique de la Filière laine de manière à garantir sa viabilité et sa professionnalisation. Début 2014, sur base des objectifs atteints et des disponibilités budgétaires, un financement pour deux années supplémentaires pourra être étudié". Opportunité pour la Filière ou menace sur son rythme, sa manière de travailler en collectif, sa vision multifacettes ? A voir dans les prochains mois…
  • L’accord arrive à la moitié de l’année. Il ne reste donc que 7 mois, dont les vacances, pour faire le travail de 12... Oups.
  • 2014 est une année électorale en Région wallonne, et l’on sait les coupes budgétaires en cours dans les dépenses publiques. La Filière laine sera-t-elle une priorité, quels que soient ses résultats ?
  • En parallèle, les 5 provinces wallonnes sont sollicitées pour qu’elles permettent le financement d’actions locales autour de la laine et/ou de ses transformations : formations, regroupement d’éleveurs, démarrage d’une activité, test d’une production novatrice, etc. La Province de Luxembourg a déjà répondu à l’appel, les autres sont en discussion. Si tout va bien, à terme, on aurait donc un financement à deux niveaux : régional pour la coordination, les actions collectives, la communication, etc. et provincial pour les actions de terrain spécifiques.

Pas mal de sous et puis plus rien
Mi-2012, un projet de création d’une entreprise de transformation de la laine à petite échelle a été déposé dans le cadre d’un appel à projets du Ministre fédéral de l’Economie sociale. Il a été retenu, et pouvait faire l’objet d’un financement important pour l’équipement en machines et le lancement (stock, marketing, etc.). La personne qui l’avait déposé ne pouvant finalement pas le mettre sur pied, des "repreneurs" ont été cherchés. En vain. "Projet passionnant !" "Ah, c’est exactement ce qu’il nous faut dans la région !" "Ce serait mon rêve de faire ça, mais (...)." Tout le monde est positif, mais personne ne s’engage suffisamment pour que le projet voie réellement le jour. Le subside est perdu. En rageant. Et en se disant que le projet a été déposé trop vite, trop tôt, et que lorsque les conditions seront réunies une autre occasion de financement se présentera. Peut-être.

Quelques réflexions

La relative facilité de financement du projet de Filière laine en Wallonie, est sans doute due à plusieurs raisons qui se renforcent :

  • L’image novatrice et positive qui a été donnée d’emblée, et l’attachement identitaire qui a pu être créé autour de la laine : "NOTRE laine part en Chine..." dans une Province très attachée à son terroir.
  • La proximité importante avec le pouvoir politique : les élus, tant provinciaux que régionaux et leurs cabinets sont connus et faciles d’accès. Dans le cas présent, ils étaient sensibles à l’économie sociale, au développement local, au développement durable.
  • La confiance interpersonnelle établie avec le président du conseil d’administration de NGE, par ailleurs homme politique.
  • La très bonne couverture médiatique des communications de la Filière laine.

Il n’y avait vraiment plus grand-chose en Wallonie concernant la laine. Et tout le travail réalisé, en un peu plus de 2 ans, n’aurait pu voir le jour sans soutien public.

Mais, paradoxalement, c’est au moment où la Filière pourrait produire plus de résultats, où elle se renforce de l’intérieur, que son financement devient plus précaire.

Jusqu’ici, notre liberté d’action sur le contenu a été totale. On verra ce qu’il en sera en 2014, car il nous faut des sous... et du temps !

Ygaëlle Dupriez
Chef de projet NGE, coordinatrice de la Filière laine
www.laines.be

Notre Filière laine


Annonces

Avec le soutien de

La Filière laine bénéficie du soutien de la Région wallonne et du Feder - Interreg VA Grande région

Une création 13pixels.be