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"La laine wallonne, un filon d’or". Article du journal "Le Soir" mis en ligne le 19 mars 2014.

"Une filière de promotion de la laine locale vient de voir le jour en Région wallonne. Elle rassemble éleveurs de moutons, artisans et industriels autour d’une même envie : Faire revivre l’économie de la laine belge. Et lui redonner ses lettres de noblesse."

La laine belge revient de loin. On peut même dire qu’elle filait jusqu’ici un très mauvais coton. Disparition des filatures, désintérêt des éleveurs pour un produit au prix bradé, émergence d’un marché mondialisé opaque… on ne donnait pas très cher de sa toison. Mais la laine belge, wallonne de surcroît, est peut-être en train de vivre le début d’un futur âge d’or. Elle fait en tout cas à nouveau parler d’elle à travers une initiative prometteuse de promotion et de valorisation de la production locale : la Filière laine.
Trop d’exportations
L’expérience, menée depuis un peu plus de deux ans maintenant, part d’un triste constat. Les arts de la laine ne se sont jamais aussi bien portés, alors que la bonne laine belge ne trouve quasi plus preneur chez nous ! On assiste aujourd’hui à un renouveau de l’artisanat lié à la laine, que ce soit le filage, le tricot ou le feutre, constate Ygaëlle Dupriez, qui coordonne la Filière laine. Mais ces artisans ne travaillent quasiment jamais avec de la laine belge ! Toute la laine récoltée chez nous est exportée à l’étranger. Quand elle n’est pas tout simplement jetée. Et toute la laine travaillée en Wallonie vient d’ailleurs. C’est un non-sens, à une époque où l’on ne jure que par la relocalisation et les circuits courts. Frappée par cette évidence, Ygaëlle Dupriez, qui travaille pour la NGE, une agence de développement territorial de la province de Luxembourg, décide de creuser la question. Avec l’aval de ses patrons, elle contacte tout ce que la laine belge compte encore comme acteurs. Elle organise une matinée de travail avec tout ce petit monde qui, souvent, ne se connaît même pas. Et là, surprise ! On a invité tout ce qu’on pouvait trouver comme éleveurs, artisans, entreprises. On s’est dit que si on était quinze, ce serait bien... Nous étions soixante ! De cette matinée est né le projet Filière laine. Maintenant, cela fait deux ans que je suis occupée à temps plein sur ce réseau de promotion. C’est un engrenage qui a fait boule de laine ! Il manquait du lien entre tous les acteurs et cette nouvelle émulation a fait en sorte que les choses ont com-mencé à se construire. Il manquait aussi un gros travail de sensibilisation et d’information.
Artisanat et nouveaux métiers
Aujourd’hui, le réseau de la Filière laine commence à avoir fière allure. Il déborde sur d’autres provinces wallonnes. Ainsi, un nouveau réseau devrait bientôt voir le jour au Pays des Collines (Ardennes flamandes, NDLR). Grâce à la Filière laine, un projet de fabrication à grande échelle de couettes en pure laine belge a également pu voir le jour, en collaboration avec le négociant en laine verviétois DBC Wool. Par le biais du développement de produits en laine, une place a été redonnée au travail des éleveurs. Le soutien aux artisans initié par la Filière commence aussi à porter ses fruits. Il y a une série de métiers qui sont en train de se professionnaliser à partir de la laine belge, se réjouit Ygaëlle Dupriez. La Filière s’est également tournée vers le grand public pour faire la promotion des producteurs de chez nous. Un premier répertoire des produits en laine locale a été édité. Il compte une quinzaine de produits différents, couettes, fils à tricoter, laine cardée, matelas, plaids… Et presque le même nombre d’artisans ou fabricants.
Créer des débouchés
Il reste beaucoup de travail et d’incertitude, reconnaît cependant Ygaëlle Dupriez. Trop d’outils ont disparu. Ils ne sont plus disponibles qu’à l’étranger, en France ou en Allemagne. Les lignes de production qui subsistent ne sont parfois accessibles qu’à de grosses quantités de matière première. Tout ça est un handicap si l’on veut tout fabriquer localement. Mais ce n’est pas indispensable. Il y a beaucoup d’autres choses qui peuvent être réalisées. Ce qu’il faut, ce ne sont pas tant des machines que des gens qui ont des idées et l’envie de les concrétiser. La Filière laine montre d’ailleurs l’exemple. Un projet de tapis multifonction a été développé avec l’aide de la designer Véronique Demeffe. Il pourrait servir de couchage d’appoint pour une chambre d’enfant ou encore de tapis de yoga, et n’attend plus qu’une personne intéressée pour être mis sur le marché. Avis aux amateurs !
La Filière laine, T. 061 62 01 51, www.laines.be
Écheveau de talents
Éleveur de moutons
À la tête d’un troupeau de deux cent cinquante brebis bios, Patrice Rampanelli est un pilier de la Filière laine depuis les débuts. Il appelle de ses vœux une véritable résurgence de cette fibre dans notre pays. En Belgique, cela fait longtemps que l’on n’élève plus nos brebis que pour la viande. La laine ne rapporte presque plus rien. On a beaucoup décrié notre travail, en disant que notre laine ne valait pas grand-chose. C’est faux. On le voit bien avec les projets individuels qui se développent au sein de la Filière laine. Ce qui manque aujourd’hui, ce sont des projets plus importants. Il faut qu’il y ait aussi un débat pour savoir si la laine est une matière première noble ou un produit agricole comme les autres. Le prix accordé aujourd’hui aux éleveurs est loin d’être suffisant.
Bergerie du Gros Cron, 101 rue du Gros Cron, 6730 Lahage, T. 063 41 31 20.
Créatrice de doudous
Raquel Devillé a gardé de son Portugal natal l’amour de la laine et des fibres naturelles. Elle se lance d’abord en amateur dans la confection de couvre-lits, avant d’entrer en contact avec la Filière laine. Je ne parvenais pas à trouver du molleton bien chaud pour servir de rembourrage, sauf aux États-Unis. C’est en faisant la connaissance des acteurs de la Filière que je suis parvenue à trouver du molleton wallon. Pourquoi aller chercher au bout du monde ce que l’on a ici ? Depuis, elle a entamé une reconversion professionnelle vers la fabrication de produits en laine. Ses atouts ? Un design accrocheur et un sacré sens du détail. Elle est aussi passée des couvre-lits à la création de doudous personnalisés, réalisés à partir de dessins d’enfants. Elle propose également ces mêmes doudous, ainsi que des couvre-lits, en kits à réaliser soi-même. Et des cours en ligne pour ceux qui auraient peur de se lancer dans la couture.
Dessine-moi un doudou, kit de doudou + atelier en ligne à partir de 29 €, T. 0485 85 47 32, www.raqueldeville.com
Fabricante de pelotes
Derrière la marque La laine des coccinelles, on retrouve Ygaëlle Dupriez. J’ai appris à filer la laine quand j’avais 12 ans et je suis restée fileuse par plaisir. Mais à force de motiver les autres, j’ai eu envie, moi aussi, de proposer quelque chose. Ygaëlle a donc créé une entreprise de fabrication de pelotes de laine à titre complémentaire. Elle achète sa laine à trois éleveurs différents pour obtenir un mélange à la fois doux et gonflant. Celle-ci est lavée et mélangée à Verviers, dans un des tout derniers lavoirs à laine d’Europe, et filée dans une petite filature familiale du Limousin. Ygaëlle teinte ensuite elle-même sa laine et vend ses pelotes sur les marchés de produits locaux de sa région, dans quelques magasins ou sur son site internet. Ce contact avec les clients et les éleveurs me plaît vraiment beaucoup. Je suis étonnée aussi de la réaction vraiment très positive du public.
La laine des coccinelles, T. 0475 47 98 17, http: //coccinelles.gandi-site.net
Artisane feutreuse
Dans sa ferme pédagogique installée à Buissenal, Marie Ghyssens accueille depuis des années enfants, adultes et personnes handicapées. Aujourd’hui, elle tente un nouveau pari : relancer la fabrication de feutre en laine. Pourquoi la laine ? Déjà pour le fait que cela provient d’un animal. La laine, c’est la vie, c’est la campagne, c’est un cycle naturel. J’ai toujours travaillé de mes dix doigts et j’ai toujours aimé ça. Et le feutre est une matière tellement riche, presque magique. Il peut être souple, résistant, coloré… Marie fabrique elle-même sa matière première, un travail ardu, et la transforme ensuite en tapis, panneaux muraux, coussins, revêtus ou non de soie (feutre nuno à la japonaise). Elle teinte également elle-même sa production avec des pigments végétaux. Son rêve ? Vendre ses créations à des décorateurs ou des stylistes. En attendant, ses jolis feutres colorés sont déjà vendus dans le magasin de terroir du village voisin et bientôt sur son propre site internet.
La Feutrerie, T. 0472 95 04 28, www.lafeutrerie.be
http://www.lesoir.be/397035/article/actualite/regions/2014-01-08/redonner-des-couleurs-laine-d-ici


Par Didier Dillen. Photo DR.


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